La dernière rose de l’été, Lucas Harari, éd. Sarbacane

La rentrée littéraire, ce n’est pas que des romans-pépites, c’est aussi des Bds, romans graphiques, merveilles illustrées, à s’en épuiser les yeux de ravissement !!

Et c’est le cas avec « La dernière rose de l’été » de Lucas Harari, chez Sarbacane. Un titre bien de saison, mais surtout un véritable bijou qui vient enchanter la grisaille de rentrée.
Tous les ingrédients d’un film Hitchockien sont dans cet album haletant de la première à la dernière page. Direction une maison de bord de mer en travaux que Léo, aspirant écrivain, vient garder en l’absence de son cousin volage. Sur place, il rencontre très vite sa charmante, insolente et lunatique voisine Rose, tandis l’île est secouée par la disparition inquiétante de jeunes hommes. L’enquête piétine, Léo se baigne, Rose souffle le chaud et le froid, et la tension s’installe.

L’objet est superbe, et sublime complètement le trait de Lucas Harari et ses couleurs incroyables.

Du Hitchcock sauce Nouvelle Vague, sauce Harari…. On en redemande !

paru le 26 août, 29€

Le lièvre d’Amérique, Mireille Gagné, éditions La Peuplade

Gros coup de cœur de cette (trop) prolifique rentrée littéraire. Et c’est aux éditions québécoise La Peuplade qui a l’habitude depuis une quinzaine d’années de publier des pépites de tout autour du monde. Des perles engagées, riches d’évasion, … nécessaires.

Elle publie en septembre le véritable joyau littéraire Le Lièvre d’Amérique de Mireille Gagné. Un roman plutôt court mais extrêmement dense, qui alterne les temporalités et les styles littéraires, entrecoupées de descriptions zoologiques.
A partir d’une légende algonquienne, l’autrice nous embarque dans la vie de Diane, nous en enveloppe et nous entraîne avec elle dans ses transformations physiques et psychologiques.
C’est une atmosphère de réalisme magique, complètement envoûtant qui se dégage de ce récit dans lequel il est question de l’absurdité de la vie dénuée de sens profond, de la course à la performance, et d’une île mystérieuse où les éléments façonnent le paysage et où les animaux agissent sur les humains.

Ami gersois et d’ailleurs, ce roman sera disponible à la Méridienne dès le 20 août (je vous l’ai pas déjà dit que la rentrée c’était tôt pour nos amis éditeurs), si Helga ne l’englouti pas avant !

Paru le 20 août, 18€

« Dans l’exaltation de son retour, elle ne remarque pas que ses collègues l’examinent attentivement de la tête aux pieds. À l’affût du moindre changement. La moindre faille. Un rien démarre une rumeur. Ils notent une certaine agitation dans ses mouvements, par saccades. Une manière inhabituelle de bouger les yeux. Aussi, son port de tête est plus reculé, et ses lèvres sont étrangement serrées par- dessus ses dents. Plusieurs minimes changements l’animent, comme si, pendant sa brève absence, quelqu’un d’autre s’était immiscé dans son corps. »

Nature humaine, Serge Joncour, Flammarion

On commence avec Nature Humaine, de Serge Joncour, chez Flammarion. Un roman fin, bouleversant qui retrace les désillusions d’Alexandre, fils d’agriculteur du Lot et héritier tout tracé de la ferme familiale, de la grande sécheresse de 76 aux derniers jours de l’année 1999.
On y retrouve tout ce qui m’émeut et me trouble chez Joncour, sa capacité à rendre corps à ses personnages dans leurs fêlures, leurs espérances, leurs contradictions, mais aussi ce regard humain qu’il pose sur nos campagnes malmenées, ballottées par les évolutions de notre société.

Ami gersois et d’ailleurs, ce roman sera disponible à la Méridienne dès le 19 août (oui oui, la rentrée c’est tôt pour nos amis éditeurs)

paru le 19 août 2020, 21€

« Dans le fond je m’en foutais du Larzac, mais maintenant si j’y retourne c’est pour me battre contre tous ces cons qui veulent que je foute mon lait dans des bidons en aluminium et que je le filtre dans du nylon aseptisé, je me bats contre tous ces technocrates qui me disent que mon fromage est plein de bactéries alors que c’est la vie, les bactéries, bientôt on me demandera de faire mes cabécous avec une charlotte sur la tête et un masque de chirurgien.. »

Une piscine dans le désert, Diane Mazloum, JC Lattès

Aujourd’hui, j’écris quelques mots avec beaucoup d’émotion et du coup sans doute un peu de fébrilité d’un livre qui (et qui continue de) m’a touché en plein cœur. Une littérature qui vous happe les tripes et vous atteint dans vos recoins les plus intimes.

« Une piscine dans le désert » de Diane Mazloum vous embarque au Liban, dans une zone reculée frontalière de deux autres pays, un village dans « l’oeil du cyclone », bordé de chaînes montagneuses et rythmé par les bombardements lointains des affrontements voisins. Dans un bout de terre où une piscine, « carré de lagune illuminé », illégalement construite, cristallise les rêves et les attentes de personnages perdus.
Il y a beaucoup dans ce roman bouleversant.
Il y a la violence sourde et injuste qui laboure les êtres, les actes d’inconscience qui sont aussi des actes de résistance.
Il y a la sensualité et les désirs si refoulés qu’ils explosent, et l’appel puissant des racines et de la terre, la quête de soi, de son identité.
Et puis la plume de Diane Mazloum, déjà enchanteresse avec « Beyrouth la nuit » et « L’Âge d’or », qui cisèle là un roman intimiste et universel.

Paru le 19 août 2020, 19€

« La piscine la ramenait au temps de son enfance, des grandes vacances d’été, à l’insouciance des journées passées à jouer jusqu’au soir. Elle la connectait à des souvenirs heureux, aussi rassurants que pouvait l’être un volume de liquide aux doux reflets scintillants bien contenu dans une boîte carrelée de bleu, aux angles parfaitement polis, et dont l’eau, ni trop froide ni trop tiède, enveloppait entièrement le corps d’une caresse soyeuse et rafraîchissante. »

American Dirt, de Jeannine Cummings, traduction de F. Adelstain, aux Éditions Philippe Rey

Libraire à Acapulco, au Mexique, Lydia mène une vie calme avec son mari journaliste Sebastián et leur famille, malgré les tensions causées dans la ville par les puissants cartels de la drogue. Jusqu’au jour où Sebastián, s’apprêtant à révéler dans la presse l’identité du chef du principal cartel, apprend à Lydia que celui-ci n’est autre que Javier, un client érudit avec qui elle s’est liée dans sa librairie… La parution de son article, quelques jours plus tard, bouleverse leur destin à tous.

Contrainte de prendre la fuite avec son fils de huit ans, Luca, Lydia se sait suivie par les hommes de Javier. Ils vont alors rejoindre le flot de migrants en provenance du sud du continent, en route vers les États-Unis, devront voyager clandestinement à bord de la redoutable Bestia, le train qui fonce vers le nord, seront dépouillés par des policiers corrompus, et menacés par les tueurs du cartel…

Porté par une écriture électrique, American Dirt raconte l’épopée de ces femmes et de ces hommes qui ont pour seul bagage une farouche volonté d’avancer vers la frontière américaine. Un récit marqué par la force et l’instinct de survie de Lydia, le courage de Luca, ainsi que leur amitié avec Rebeca et Soledad, deux sœurs honduriennes, fragiles lucioles dans les longues nuits de marche… Hymne aux rêves de milliers de migrants qui risquent chaque jour leur vie, American Dirt est aussi le roman de l’amour d’une mère et de son fils qui, au cœur des situations tragiques, ne perdent jamais espoir. Un roman nécessaire à notre époque troublée.

paru le 20 août 2020, 19€

« ils étaient sur le toit, attendant la prochaine gare »

« Elle le sentait encore rôder ans le magasin, tel un fantôme, vague et inanimé, mais elle ne l’éprouvait plus. Son affection avait disparu, suintant hors d’elle comme le sang suinte d’un cadavre. Et quand il planta son regard triste dans le sien, elle vit les verres de ses lunettes éclaboussés de sang. »